Gassho — entrer dans la présence simple

Un élève me posait une question récemment :

« Je fais Gassho avant chaque soin, mais je ne ressens rien de particulier. Est-ce que je fais quelque chose de faux ? »

Non.

Il fait peut-être justement quelque chose de très juste.

Car Gassho n’est pas fait pour produire une sensation particulière. Ce n’est pas une technique destinée à déclencher de la chaleur dans les mains, à ouvrir un canal ou à créer un état spécial.

Gassho est beaucoup plus simple que cela.

Et c’est peut-être pour cette raison qu’il est si profond.

Ce que Gassho n’est pas

Gassho — 合掌 — signifie joindre les paumes.

Dans le Reiki, ce geste est souvent pratiqué avant une séance, avant une méditation, ou comme un temps de recentrage.

Mais avant de dire ce que Gassho est, il est utile de dire ce qu’il n’est pas.

Gassho n’est pas une activation.

Ce n’est pas un bouton que l’on enclenche pour “faire circuler l’énergie”.
Ce n’est pas un signal envoyé à l’univers.
Ce n’est pas une manière de forcer son état intérieur.
Ce n’est pas une posture destinée à produire quelque chose.

Certaines formulations peuvent donner l’impression qu’il faudrait “se mettre dans le bon état”, “préparer son énergie” ou “ouvrir quelque chose” avant de pratiquer.

Mais cette manière de voir risque d’ajouter une tension inutile.

Là où Gassho invite à s’arrêter, le mental veut déjà réussir.
Là où Gassho invite à revenir, le praticien veut parfois ressentir.
Là où Gassho invite à la simplicité, nous ajoutons une attente.

Et cette attente suffit souvent à nous éloigner de la pratique.

Ce que Gassho est

Gassho est un geste de transition.

Il marque le passage entre ce que l’on faisait avant et ce que l’on s’apprête à faire maintenant.

Avant, il y avait peut-être les emails, la route, les tâches du quotidien, les pensées en cours, le bruit de la journée.

Puis vient Gassho.

Les mains se rejoignent.
Le corps s’arrête.
Le souffle revient.
L’attention se rassemble.

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais c’est décisif.

Dans une pratique de Reiki, cette transition compte beaucoup. On ne passe pas directement de l’agitation quotidienne au soin comme on change d’activité sur un agenda.

Le corps a besoin d’arriver.
Le souffle a besoin de descendre.
Les mains ont besoin de cesser de vouloir.
Le praticien a besoin de revenir à sa présence.

Gassho crée ce seuil.

Un seuil très simple :
je m’arrête,
je joins les mains,
je reviens.

Le geste

Le geste extérieur est simple.

Les paumes se rejoignent devant le cœur.
Les doigts sont orientés vers le haut.
Les coudes restent légèrement décollés du corps, sans tension.
Les épaules se relâchent.
Le dos reste droit, mais sans raideur.
La nuque s’allonge doucement.
Les mains ne se serrent pas. Elles se rencontrent.

Et puis, on ne fait rien de plus.

On laisse le geste agir.

Il ne s’agit pas de fabriquer un état intérieur. Il s’agit de permettre au corps et au mental de se poser.

C’est souvent là que commence réellement la pratique : non pas dans ce que l’on ajoute, mais dans ce que l’on cesse de faire.

Le lien avec le Hara

Dans une pratique incarnée, Gassho ne se fait pas seulement avec les mains.

Il se fait depuis le corps.

Plus précisément, il se fait depuis le Hara, ce centre situé dans le bas du ventre, quelques centimètres sous le nombril.

Cette nuance change tout.

Quand Gassho est fait depuis la tête, le praticien vérifie, analyse, attend, cherche à savoir s’il ressent quelque chose. Le geste reste extérieur. Il peut devenir un simple rituel.

Quand Gassho est fait depuis le Hara, quelque chose descend.

Le souffle se calme.
Les épaules se relâchent.
Le bassin retrouve son poids.
Les mains deviennent moins volontaires.
La présence se stabilise.

Le geste n’est plus seulement une forme. Il devient un ancrage.

On pourrait dire que les mains se rejoignent devant le cœur, mais que la pratique, elle, s’enracine plus bas.

Dans le Hara.
Dans le souffle.
Dans la stabilité du corps.

L’erreur fréquente

L’erreur la plus fréquente est de faire Gassho trop vite.

On joint les mains quelques secondes, puis on passe immédiatement à la suite.

Ce n’est pas forcément faux.

Gassho peut être très court. Quelques respirations peuvent suffire. Mais à une condition : être réellement là pendant ces quelques respirations.

Pas déjà dans la séance qui va commencer.
Pas en train de se demander si l’on ressent quelque chose.
Pas en train de vérifier mentalement la posture.
Pas en train d’anticiper ce que l’on va faire ensuite.

Juste là.

Les mains jointes.
Le souffle présent.
Le corps posé.

Ce n’est pas la durée qui fait la profondeur de Gassho. C’est la qualité de présence que l’on y apporte.

Dix secondes vraiment habitées peuvent avoir plus de valeur que dix minutes passées à chercher une expérience.

Ne rien ressentir n’est pas un problème

Beaucoup de débutants pensent qu’une pratique est réussie lorsqu’elle produit un ressenti clair.

De la chaleur.
Des picotements.
Un apaisement immédiat.
Une sensation d’énergie.
Une modification évidente de l’état intérieur.

Parfois, cela arrive.

Mais parfois, il ne se passe rien de remarquable.

Et ce n’est pas un échec.

Gassho n’est pas une pratique de recherche de sensations. C’est une pratique de retour.

Le signe le plus important n’est pas forcément ce que l’on ressent dans les mains. C’est parfois beaucoup plus discret :

un léger ralentissement,
une respiration un peu plus basse,
une pensée qui perd de sa force,
un corps qui devient plus présent,
un silence de quelques secondes au milieu de la journée.

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais dans la pratique du Reiki, ces petits déplacements sont précieux.

Gassho dans le quotidien

Gassho n’est pas réservé aux séances.

Il peut devenir un point d’appui dans la vie quotidienne.

Avant de commencer un soin.
Avant d’écrire un message important.
Avant d’entrer dans une conversation difficile.
Avant de commencer sa journée.
Avant de dormir.
Avant de répondre trop vite.

Quelques secondes peuvent suffire.

Joindre les mains.
Sentir le souffle.
Revenir au corps.
Observer ce qui est là.

Avec le temps, Gassho devient moins un rituel qu’un repère.

Un moyen simple de reconnaître que l’on était dispersé.
Et de revenir.

Pas pour devenir quelqu’un d’autre.
Pas pour créer un état parfait.
Simplement pour se rassembler.

Une pratique pour cette semaine

Cette semaine, je te propose une pratique très simple.

Chaque matin, avant de commencer la journée, prends un instant en Gassho.

Pas longtemps.

Trois respirations suffisent.

Assieds-toi ou reste debout.
Joins les mains devant le cœur.
Sens le poids du corps.
Laisse le souffle descendre vers le Hara.
Ne cherche rien.
N’attends rien.

Puis observe simplement ce qui change dans les minutes qui suivent.

Peut-être rien de visible.
Peut-être une légère différence.
Peut-être une manière un peu plus calme d’entrer dans la journée.

Cela suffit.

La pratique commence souvent ainsi : par une chose très simple que l’on accepte de refaire régulièrement.

Pour aller plus loin

Gassho est l’un des grands gestes de base du Reiki japonais.

Avec Reiji-Hō et Chiryō, il forme une porte d’entrée vers une pratique plus sobre, plus stable et plus incarnée.

Gassho rassemble.
Reiji-Hō écoute.
Chiryō pose les mains.

Ces trois gestes ne cherchent pas à compliquer le Reiki. Ils nous ramènent au contraire à son cœur : présence, souffle, toucher, silence.

À Usui Dojo, Gassho est enseigné dès le niveau Shoden, non comme une simple posture de début de séance, mais comme une manière d’entrer dans la pratique.

Avant de poser les mains sur l’autre, le praticien apprend à revenir à lui-même.

C’est là que commence le Reiki.

Pour approfondir cette pratique, tu peux télécharger le protocole Gassho — 7 jours de pratique, disponible pour les abonnés à L’Ancrage.

Chaque semaine, L’Ancrage propose un repère simple pour habiter la pratique du Reiki japonais : corps, souffle, Hara, présence et toucher.

Tu peux aussi découvrir le niveau Shoden, où Gassho est transmis dans son contexte complet.

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