Le Reiki commence-t-il vraiment avec les mains ?

Lorsque l’on découvre le Reiki, une image revient presque toujours.

Une personne assise ou allongée.

Un praticien.

Et ses mains posées sur différentes parties du corps.

C’est probablement l’image la plus connue du Reiki.

Elle n’est pas fausse.

Mais elle est incomplète.

Car si le Reiki se résumait à poser les mains, il suffirait d’apprendre quelques positions et de les reproduire.

Or, après quelques temps de pratique, une question finit souvent par apparaître :

Qu’est-ce qui se passe réellement avant que les mains se posent ?

Avant les mains, il y a la présence

Imaginez deux personnes qui posent exactement leurs mains au même endroit.

La position est identique.

La durée est identique.

La personne reçue est la même.

Et pourtant, l’expérience peut être très différente.

Pourquoi ?

Parce que la pratique ne se résume pas à une succession de positions.

Avant même le premier contact, quelque chose est déjà présent :

la posture du praticien.

Sa respiration.

Son état intérieur.

Son attention.

Sa manière d’être là.

Sa capacité à ne pas se précipiter.

Sa capacité également à ne pas chercher à obtenir un résultat.

C’est peut-être cela que l’on oublie lorsque l’on réduit le Reiki à l’imposition des mains.

Les mains sont visibles. La présence ne l’est pas.

Les mains ne sont pas un bouton « Reiki »

Il peut être tentant, surtout au début, de penser :

« Je pose mes mains, donc je fais du Reiki. »

Cette représentation est compréhensible.

Elle permet de commencer.

Mais elle peut aussi devenir une limite.

Parce qu’elle transforme la pratique en geste automatique.

Main à tel endroit.

Puis à tel autre.

Puis encore ailleurs.

On suit le protocole.

On compte le temps.

On attend peut-être une sensation.

Et l’on finit par oublier d’être réellement présent à ce qui se passe.

Une pratique peut alors devenir très correcte techniquement…

mais relativement pauvre dans sa qualité de présence.

Le geste est là.

Mais où est le pratiquant ?

Le Reiki commence peut-être avant le contact

Avant de poser les mains, il existe déjà un temps de préparation.

Le praticien peut prendre quelques instants pour revenir à lui-même.

Respirer.

Sentir ses appuis.

Relâcher les tensions inutiles.

Faire Gassho.

Laisser son agitation retomber.

Il ne s’agit pas de fabriquer artificiellement un état particulier.

Il ne s’agit pas non plus de devenir parfaitement calme avant de pouvoir pratiquer.

Il s’agit simplement de prendre conscience de son état.

Je suis fatigué.

Je suis agité.

Je suis préoccupé.

Je suis impatient.

Je suis calme.

Tout cela peut être observé.

Et cette observation est déjà une partie de la pratique.

Faire moins pour être davantage présent

L’un des pièges du débutant est souvent de vouloir bien faire.

C’est une intention parfaitement légitime.

On veut respecter la méthode.

On veut bien placer les mains.

On veut suivre les enseignements.

On veut aider correctement.

Mais cette volonté de bien faire peut parfois créer une tension.

On surveille.

On contrôle.

On vérifie.

On cherche la bonne sensation.

On attend quelque chose.

Et sans s’en rendre compte, on quitte le moment présent.

Le Reiki peut alors devenir une activité mentale.

« Est-ce que je fais correctement ? »

« Est-ce que la personne ressent quelque chose ? »

« Est-ce que mes mains sont au bon endroit ? »

« Est-ce que ça fonctionne ? »

Toutes ces questions sont compréhensibles.

Mais pendant la pratique, elles peuvent devenir du bruit.

Parfois, pratiquer consiste justement à faire suffisamment confiance à ce que l’on a appris pour pouvoir cesser de tout contrôler.

La respiration comme première porte

Avant même de parler des mains, parlons de la respiration.

Pas besoin d’une technique compliquée.

Prenez simplement un instant.

Asseyez-vous.

Sentez vos pieds ou vos appuis.

Laissez votre respiration se faire naturellement.

Observez l’inspiration.

Puis l’expiration.

Sans chercher à l’allonger.

Sans chercher à la modifier.

Quelques respirations peuvent suffire.

Pourquoi commencer par là ?

Parce que la respiration nous ramène immédiatement à quelque chose de concret.

Elle nous ramène au corps.

Au présent.

À ce qui est réellement là.

Et c’est depuis cet espace que les mains peuvent ensuite se poser.

Gassho : avant de faire, revenir à soi

Dans la pratique du Reiki, Gassho occupe une place particulière.

Les mains sont réunies devant le centre du corps.

Le geste est simple.

Mais il peut devenir une véritable transition.

Avant la pratique, je quitte progressivement ce que j’étais en train de faire.

Je m’assieds.

Je respire.

Je réunis les mains.

Je reviens à moi.

Puis seulement vient la pratique.

Gassho peut ainsi être considéré comme une porte.

Non pas une porte magique.

Une porte intérieure.

Elle marque simplement le passage entre l’agitation ordinaire et le temps de la pratique.

Les mains comme instruments d’écoute

Lorsque les mains se posent enfin, quelque chose d’intéressant peut commencer.

Nous avons souvent appris à considérer les mains comme des instruments qui « transmettent ».

Mais elles peuvent également devenir des instruments d’écoute.

La différence est importante.

Si je pose les mains pour produire quelque chose, mon attention est tournée vers mon action.

Si je pose les mains pour écouter, mon attention devient différente.

Je ne cherche pas nécessairement à provoquer.

Je n’ai pas besoin de forcer.

Je reste disponible.

Je peux observer les sensations éventuelles.

La chaleur.

Le froid.

Une pulsation.

Une différence de texture.

Une impression de lourdeur ou de légèreté.

Ou rien de particulier.

Toutes ces expériences peuvent être accueillies sans avoir besoin de leur donner immédiatement une signification.

Écouter ne signifie pas interpréter

C’est un point essentiel dans la pratique.

Ressentir quelque chose ne signifie pas nécessairement savoir ce que cela signifie.

Une main peut ressentir de la chaleur.

Cela ne signifie pas automatiquement qu’un phénomène particulier est en train de se produire.

Une zone peut sembler plus froide.

Cela ne permet pas d’en déduire une cause.

Une sensation peut être réelle sans que son interprétation le soit.

Le praticien peut apprendre à ressentir sans transformer immédiatement chaque sensation en explication.

C’est une forme de sobriété.

Et peut-être aussi une forme d’humilité.

Quand les mains deviennent silencieuses

Avec le temps, il peut arriver quelque chose d’assez paradoxal.

Au début, on cherche les sensations.

Puis on apprend à les observer.

Puis, progressivement, on peut ne plus avoir besoin de les chercher.

Les mains sont là.

Le corps est là.

La respiration est là.

La personne est là.

Et il n’est plus nécessaire de commenter intérieurement chaque seconde.

La pratique devient plus silencieuse.

Plus simple.

Peut-être même moins spectaculaire.

Mais parfois beaucoup plus profonde.

Alors, où commence réellement le Reiki ?

Avec les mains ?

Peut-être.

Mais pas seulement.

Il commence peut-être au moment où nous nous arrêtons.

Au moment où nous revenons à notre respiration.

Au moment où nous cessons de vouloir contrôler.

Au moment où nous acceptons d’être simplement présents.

Les mains deviennent alors l’expression visible d’une pratique qui a commencé intérieurement.

La main n’est pas toute la pratique.

Elle en est l’un des moyens.

Une expérience à faire aujourd’hui

La prochaine fois que vous pratiquez, essayez quelque chose de très simple.

Ne commencez pas immédiatement par poser les mains.

Prenez d’abord trois minutes.

Première minute

Sentez vos appuis.

Observez votre respiration.

Ne cherchez rien.

Deuxième minute

Faites Gassho.

Observez simplement ce qui se passe lorsque les mains se réunissent.

Troisième minute

Avant de poser les mains, demandez-vous :

Dans quel état suis-je aujourd’hui ?

Ne cherchez pas à changer cet état.

Observez-le.

Puis commencez votre pratique.

Lorsque vous posez enfin les mains, essayez de ne rien ajouter.

Ne cherchez pas une sensation.

Ne cherchez pas un résultat.

Soyez simplement là.

Une question pour le pratiquant

Après votre pratique, ne vous demandez pas seulement :

« Qu’ai-je ressenti ? »

Essayez aussi cette question :

« Comment étais-je présent ? »

La différence peut sembler subtile.

Mais elle change progressivement notre manière de pratiquer.

Car le Reiki n’est peut-être pas seulement quelque chose que l’on fait avec les mains.

C’est aussi une manière d’apprendre à être là.

La Note du Dojo

Dans le premier article de cette série, nous posions une question simple :

Après l’initiation, que faire maintenant ?

La réponse était :

Pratiquer.

Mais pratiquer ne signifie pas nécessairement multiplier les gestes ou rechercher davantage de sensations.

Cela peut commencer beaucoup plus simplement.

S’asseoir.

Respirer.

Faire Gassho.

Être présent.

Puis poser les mains.

Les mains viennent ensuite.

Et peut-être qu’avec le temps, nous découvrons que le véritable apprentissage n’était pas seulement d’apprendre où placer les mains.

Mais d’apprendre comment être lorsque nous les posons.

Kyo dake wa.

Aujourd’hui seulement.

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