Le canal Reiki : entre Ciel et Terre
Bai Hui, Hui Yin, Yong Quan et Lao Gong : peut-on comprendre le canal Reiki à travers la médecine chinoise ?
Lorsque l’on parle de Reiki, une expression revient souvent : « être canal ».
Le praticien ne serait pas la source de l’énergie. Il ne chercherait pas à utiliser sa propre énergie pour agir sur l’autre. Il se placerait plutôt dans une posture de disponibilité afin de laisser le Reiki circuler à travers lui.
Cette notion est fondamentale dans la pratique du Reiki.
Mais que signifie réellement être un canal ?
Et peut-on éclairer cette notion à travers la pensée taoïste et la médecine chinoise ?
Il faut être clair dès le départ : la médecine chinoise ne décrit pas le Reiki et le Reiki traditionnel japonais ne repose pas sur la théorie des méridiens chinois. Les rapprochements que nous allons faire sont donc une lecture contemporaine, destinée à mettre en dialogue deux traditions énergétiques, et non à prétendre qu’elles sont historiquement identiques.
Et pourtant, ce dialogue est particulièrement riche.
Car si l’on cesse d’imaginer le canal comme un simple « tuyau » par lequel une énergie passerait, une autre compréhension apparaît.
Le canal pourrait être avant tout un axe.
Un axe entre le Ciel et la Terre.
Le canal n’est pas un tuyau
Lorsque l’on débute le Reiki, il est facile de se représenter l’énergie comme quelque chose qui viendrait d’une source extérieure, entrerait dans le praticien et ressortirait par ses mains.
Le schéma serait alors :
Source → praticien → mains → receveur.
Cette représentation est simple, mais elle peut rapidement devenir limitante.
Elle pousse le praticien à chercher à « faire passer » quelque chose.
À vouloir sentir.
À vouloir transmettre.
À vouloir augmenter le flux.
À se demander si l’énergie circule suffisamment.
Or, plus nous approfondissons la pratique, plus une autre attitude devient possible :
je n’ai rien à pousser.
Je n’ai rien à provoquer.
Je n’ai pas besoin de fabriquer l’énergie.
Je peux simplement devenir disponible.
C’est ici que la notion de Wu Wei, le non-agir ou plutôt l’action sans forçage, permet d’apporter une autre lecture.
Le canal n’est plus un tuyau.
Il devient un axe stable et disponible.
Entre Ciel et Terre
Dans la pensée taoïste, l’être humain occupe une position particulière.
Il est entre le Ciel — Tian 天 et la Terre — Di 地.
Il n’est ni uniquement terrestre, ni uniquement céleste.
Il est l’interface.
L’axe.
Cette représentation trouve une résonance remarquable avec la notion de canal Reiki.
Le praticien pourrait être envisagé comme un être qui cherche à retrouver sa verticalité :
Ciel
↓
Homme
↓
Terre
Mais cette verticalité n’est pas seulement posturale.
Elle est aussi énergétique.
Elle suppose un équilibre entre :
ouverture et enracinement,
réception et stabilité,
Shen et Jing,
Ciel et Terre.
Bai Hui : le pôle du Ciel
Au sommet du crâne se trouve Bai Hui 百会, le point VG20 du Vaisseau Gouverneur.
Son nom est généralement traduit par « réunion des cent ».
Dans la théorie énergétique chinoise, Bai Hui possède de nombreuses fonctions et correspondances. Dans notre lecture du canal Reiki, nous pouvons cependant lui donner une place particulière :
Bai Hui devient le pôle céleste de l’axe.
Il représente symboliquement :
- l’ouverture ;
- la verticalité ;
- le Shen ;
- la conscience ;
- la relation au Ciel.
Il ne s’agit pas de dire que le Reiki « entre obligatoirement » par Bai Hui.
Ce serait aller trop loin.
Mais nous pouvons considérer Bai Hui comme le point supérieur de notre représentation du canal.
Le praticien ne cherche donc pas à « ouvrir » Bai Hui de manière volontaire.
Il cherche plutôt à laisser sa tête, sa nuque et son axe se libérer.
Ouverture sans effort.
Hui Yin : la racine
À l’autre extrémité de l’axe se trouve Hui Yin 会阴, VC1.
Situé au niveau du périnée, Hui Yin constitue un point majeur dans la théorie des Vaisseaux extraordinaires.
Dans notre modèle, il représente la racine centrale.
Si Bai Hui ouvre vers le Ciel, Hui Yin ramène vers la Terre.
Nous pouvons alors poser deux pôles :
Bai Hui — ouverture
Hui Yin — enracinement
Entre les deux se trouve l’être humain.
Et cela nous donne une première définition du canal :
Être canal, ce n’est pas seulement être ouvert. C’est être ouvert tout en restant enraciné.
Cette phrase est essentielle.
Car une ouverture sans racine peut devenir dispersion.
Une racine sans ouverture peut devenir rigidité.
Le canal demande les deux.
YONG QUAN : la véritable rencontre avec la Terre
Mais il manque encore quelque chose.
Si Hui Yin représente la racine centrale, il nous faut aller jusqu’aux pieds.
Et là intervient R1, Yong Quan 涌泉, le premier point du méridien du Rein.
Son nom signifie généralement « Source jaillissante ».
R1 se trouve sur la plante du pied.
Il est donc en relation directe avec notre expérience corporelle de la Terre.
Dans notre modèle, R1 devient :
le point d’enracinement.
Hui Yin rassemble.
R1 enracine.
La différence est subtile mais importante.
On pourrait dire :
Hui Yin est la racine du centre. R1 est la racine dans la Terre.
Le praticien ne cherche donc pas seulement à être « ouvert ».
Il cherche à être habité par son corps.
Avant de transmettre, il descend.
Avant de s’ouvrir, il s’enracine.
Avant de chercher le Ciel, il retrouve la Terre.
Le Rein et le Jing
Yong Quan appartient au méridien du Rein.
Et le Rein possède une place particulière dans la pensée chinoise puisqu’il est associé au Jing, l’essence.
Le Jing représente notamment les ressources fondamentales, la réserve, la racine de l’être.
Cette association nous conduit à une idée particulièrement intéressante pour le Reiki :
le praticien n’a pas besoin de puiser dans sa propre réserve pour être un canal.
Au contraire.
Plus il respecte son propre centre, son propre Jing et son propre équilibre, moins il cherche à utiliser sa force personnelle.
Le canal Reiki n’est donc pas :
« je donne mon énergie ».
Il devient :
« je suis suffisamment centré pour ne pas avoir besoin de donner ce qui m’appartient ».
Cette nuance change profondément la pratique.
Le Dan Tian : le centre du canal
Entre Bai Hui et R1 se trouve le centre.
Le Dan Tian inférieur devient alors essentiel.
C’est là que nous pouvons introduire une autre notion fondamentale de la pratique taoïste :
revenir au centre.
Le praticien peut avoir la sensation d’être ouvert, disponible, réceptif.
Mais il doit toujours pouvoir revenir à son centre.
Le Dan Tian inférieur représente alors une sorte de point de rassemblement :
je descends.
je respire.
je me centre.
je reste dans mon corps.
Le Reiki n’est plus une expérience de « montée énergétique ».
Il devient une expérience de verticalité et d’intégration.
Le Cœur : lorsque le canal devient relation
Il manque cependant un élément essentiel : le Cœur.
Dans la pensée chinoise, le Cœur est intimement lié au Shen, l’Esprit.
Et c’est ici que notre modèle devient profondément humain.
Le canal n’est pas seulement un axe énergétique.
Il est aussi une relation.
Le praticien est en présence d’un autre être humain.
Il ne suffit donc pas d’être ouvert.
Il faut être présent.
Le Cœur devient alors le lieu symbolique où :
le canal devient relation.
Le Shen calme.
L’intention se simplifie.
La volonté de produire un résultat diminue.
La présence devient plus importante que l’action.
Et les Lao Gong ?
Si Bai Hui représente le pôle céleste et Yong Quan le contact avec la Terre, comment l’énergie entre-t-elle en relation avec le receveur ?
C’est ici que les mains prennent toute leur importance.
Et particulièrement Lao Gong 勞宮, le point PC8 du méridien du Maître-Cœur, situé au centre de la paume.
Lao Gong signifie traditionnellement « palais du labeur ».
Dans notre modèle, nous pouvons le considérer comme une interface.
Le canal est vertical :
Bai Hui
↓
Shen
↓
Cœur
↓
Dan Tian
↓
Hui Yin
↓
Yong Quan
Mais les mains créent une relation horizontale :
moi → l’autre
Lao Gong devient alors symboliquement le point où l’axe intérieur rencontre le monde extérieur.
Le praticien ne « projette » pas nécessairement quelque chose par ses mains.
Il laisse simplement ses mains devenir disponibles.
L’architecture du canal Reiki Tao
Nous pouvons maintenant représenter notre modèle ainsi :
BAI HUI — VG20
Ciel — ouverture — Shen
↓
CŒUR
présence — relation — conscience
↓
DAN TIAN INFÉRIEUR
centre — Qi — stabilité
↓
HUI YIN — VC1
racine — rassemblement
↓
YONG QUAN — R1
Jing — Terre — enracinement
↓
TERRE
Et de part et d’autre :
LAO GONG — MC8
interface avec le receveur
Ainsi apparaît une architecture simple :
Bai Hui ouvre.
Le Cœur relie.
Le Dan Tian centre.
Hui Yin rassemble.
Yong Quan enracine.
Lao Gong transmet la relation.
Le véritable travail du canal
Cette vision change complètement la préparation du praticien.
Il n’a pas besoin de chercher une sensation particulière.
Il n’a pas besoin de ressentir une boule d’énergie dans ses mains.
Il n’a pas besoin de provoquer une circulation.
Il peut simplement vérifier :
Mes pieds sont-ils présents ?
Mon bassin est-il relâché ?
Mon Hui Yin est-il libre ?
Mon Dan Tian est-il habité ?
Mon Cœur est-il calme ?
Ma nuque est-elle libre ?
Bai Hui est-il naturellement dans l’axe ?
Mes mains sont-elles disponibles ?
Puis il peut arrêter de chercher.
C’est précisément là que commence le non-faire.
Être canal ne signifie pas être passif
Le non-faire n’est pas l’absence de présence.
C’est même l’inverse.
Le praticien est extrêmement présent.
Mais il ne cherche pas à imposer sa volonté au processus.
Il devient :
stable sans être rigide,
ouvert sans être dispersé,
présent sans être intrusif,
actif sans forcer.
Le canal n’est donc pas quelqu’un qui « ne fait rien ».
C’est quelqu’un qui a suffisamment travaillé son propre axe pour pouvoir cesser de vouloir contrôler.
Ciel et Terre : le véritable axe du Reiki
Peut-être est-ce finalement cela que nous cherchons lorsque nous parlons de « canal Reiki ».
Pas un tuyau.
Pas une autoroute énergétique.
Pas un phénomène que nous devons absolument ressentir.
Mais un être humain qui retrouve son axe.
Yong Quan dans la Terre.
Hui Yin dans la racine.
Dan Tian dans le centre.
Cœur dans la présence.
Bai Hui dans l’ouverture.
Et les mains, avec Lao Gong, deviennent alors le lieu de rencontre avec l’autre.
Le praticien peut être profondément enraciné tout en restant ouvert.
Ouvert au Ciel.
Présent à la Terre.
Disponible à l’autre.
Et peut-être que le véritable apprentissage du Reiki n’est finalement pas :
« Comment devenir un meilleur canal ? »
Mais plutôt :
« Comment devenir suffisamment présent pour ne plus avoir besoin de chercher à être un canal ? »
Car lorsque l’on cesse de vouloir transmettre, de vouloir ressentir et de vouloir produire un résultat, quelque chose de beaucoup plus simple peut apparaître :
la présence.
Et peut-être est-ce là que commence véritablement le Reiki.
