Le non-faire : pourquoi le Reiki demande moins que vous ne pensez

Il y a quelque chose d’étonnant dans l’apprentissage du Reiki.

Au début, on nous apprend des gestes.

Des positions de mains.

Des pratiques.

Des temps de préparation.

Des manières de se placer.

Alors, naturellement, nous pensons qu’il faut faire.

Faire correctement.

Faire suffisamment.

Faire longtemps.

Faire mieux.

Et puis, après quelques temps de pratique, une question peut apparaître :

Et si nous en faisions trop ?

Et si une partie de l’apprentissage consistait justement à découvrir que le Reiki demande parfois moins d’effort que nous ne l’imaginions ?

Nous avons appris à faire

Notre quotidien nous pousse rarement vers le non-faire.

Nous travaillons.

Nous organisons.

Nous décidons.

Nous corrigeons.

Nous améliorons.

Nous cherchons des solutions.

Lorsque quelque chose ne va pas, notre premier réflexe est souvent de nous demander :

« Qu’est-ce que je peux faire ? »

Cette question est utile dans beaucoup de situations.

Mais elle peut devenir un automatisme.

Et lorsque nous entrons dans une pratique comme le Reiki, nous pouvons naturellement reproduire ce réflexe.

Nous voulons faire circuler.

Nous voulons transmettre.

Nous voulons équilibrer.

Nous voulons aider.

Nous voulons obtenir un résultat.

Nous voulons que quelque chose se passe.

Et sans nous en rendre compte, nous mettons beaucoup d’effort dans une pratique qui nous invite peut-être justement à relâcher l’effort inutile.

Le non-faire n’est pas ne rien faire

Le terme « non-faire » peut être mal compris.

Il pourrait laisser penser qu’il suffit de ne rien faire, de s’asseoir et d’attendre.

Ce n’est pas vraiment cela.

Le non-faire ne signifie pas l’absence d’action.

Il signifie plutôt :

agir sans forcer.

Être engagé sans chercher à contrôler.

Pratiquer sans vouloir imposer un résultat.

C’est une nuance importante.

Lorsque vous posez les mains, vous faites quelque chose.

Vous choisissez de vous asseoir.

Vous choisissez de pratiquer.

Vous choisissez une position.

Vous êtes présent.

Mais vous n’avez pas besoin d’ajouter une tension intérieure à chacun de ces gestes.

Vous pouvez agir…

sans vous crisper autour de l’action.

La main qui veut faire

Observez vos mains lorsque vous pratiquez.

Il est très facile de créer une tension subtile.

Nous voulons bien faire.

Alors nous plaçons précisément la main.

Nous appuyons peut-être un peu trop.

Nous essayons de maintenir une certaine concentration.

Nous cherchons à ressentir.

Nous voulons « envoyer » quelque chose.

Nous surveillons ce qui se passe.

Tout cela peut être presque imperceptible.

Mais le corps le sait.

La main se contracte.

L’épaule monte.

La respiration devient moins libre.

Le mental s’active.

Et la pratique devient un effort.

Essayez maintenant quelque chose de différent.

Posez simplement la main.

Puis demandez-vous :

« Est-ce que je peux faire moins ? »

Pas retirer la main.

Pas arrêter la pratique.

Simplement relâcher ce qui n’est pas nécessaire.

L’épaule.

Le bras.

La main.

La respiration.

L’attente.

Faire moins ne signifie pas être moins présent

Il existe une confusion fréquente :

nous pensons parfois que si nous relâchons notre effort, nous allons perdre notre attention.

Comme si être attentif signifiait être tendu.

Or, ce n’est pas nécessairement le cas.

Vous pouvez être profondément attentif tout en étant physiquement détendu.

Vous pouvez écouter sans vous contracter.

Vous pouvez observer sans fixer.

Vous pouvez être présent sans vous concentrer de manière excessive.

C’est peut-être même une forme de présence plus stable.

La tension n’est pas la concentration.

Et l’effort n’est pas toujours la qualité.

Le piège du « bien faire »

Ce piège est particulièrement présent chez les personnes qui aiment apprendre sérieusement.

Elles veulent respecter la méthode.

Elles veulent faire correctement.

Elles mémorisent les positions.

Elles suivent le protocole.

Elles cherchent à ne rien oublier.

Cette rigueur est précieuse.

Mais elle peut progressivement devenir une forme de contrôle.

On peut connaître parfaitement une séquence…

et être totalement absent au moment où on l’exécute.

Le corps réalise les gestes.

Le mental vérifie.

Et la pratique devient mécanique.

Le non-faire ne consiste donc pas à abandonner la méthode.

Il consiste à ne plus être prisonnier de la méthode.

La méthode est un support

Lorsque nous apprenons une pratique, nous avons besoin d’une structure.

Elle nous donne des repères.

Elle nous permet de comprendre.

Elle nous évite de nous disperser.

Le protocole est donc important.

Mais un protocole n’est pas une fin.

Imaginez quelqu’un qui apprend à jouer d’un instrument.

Au début, il pense à chaque doigt.

Il regarde ses mains.

Il compte.

Il suit la partition.

Puis, avec la pratique, quelque chose change.

Il n’a plus besoin de penser consciemment à chaque mouvement.

La structure est toujours là.

Mais elle devient plus naturelle.

La pratique du Reiki peut suivre un chemin comparable.

Au début, nous apprenons les gestes.

Puis nous apprenons à habiter les gestes.

Le non-faire et la respiration

La respiration est probablement l’un des meilleurs endroits pour observer cette différence.

Essayez de respirer volontairement pendant quelques secondes.

Inspirez.

Contrôlez.

Expirez.

Contrôlez.

Puis relâchez.

Et observez.

La respiration continue sans que vous ayez besoin de la diriger.

Vous pouvez intervenir.

Mais vous pouvez aussi laisser faire.

Cette expérience très simple nous montre quelque chose :

tout ce qui se produit dans notre corps n’a pas besoin d’être contrôlé par notre volonté.

La pratique du Reiki peut nous inviter à retrouver cette confiance.

Nous faisons ce qui nous appartient.

Puis nous laissons une partie de l’expérience se dérouler sans chercher à la maîtriser.

Ne pas vouloir « envoyer » le Reiki

Une autre idée mérite d’être questionnée.

Lorsque nous commençons, nous pouvons imaginer que nous devons envoyer quelque chose à travers nos mains.

Comme si nous étions une sorte de canal qui devait volontairement pousser une énergie vers l’autre.

Cette représentation peut conduire à beaucoup d’efforts.

On se concentre.

On visualise.

On pousse.

On cherche à intensifier.

Mais est-ce vraiment nécessaire ?

Dans la pratique du Reiki, il peut être beaucoup plus simple de revenir à une posture de disponibilité.

Je suis là.

Je pratique.

Je pose les mains.

Je reste présent.

Sans avoir besoin de fabriquer intérieurement un phénomène.

Cette simplicité est importante.

Elle permet au praticien de ne pas se placer au centre de tout ce qui se passe.

Et si rien ne se passe ?

Cette question revient souvent.

Et elle est liée aux deux articles précédents.

Nous avons parlé de la recherche de sensations.

Puis de la présence.

Maintenant, nous pouvons aller un peu plus loin.

Que se passe-t-il si nous acceptons réellement de ne pas savoir ce qui va se passer ?

Peut-être rien de particulier.

Peut-être beaucoup de sensations.

Peut-être une grande détente.

Peut-être de l’agitation.

Peut-être de l’ennui.

Peut-être une envie de bouger.

Tout cela peut simplement être observé.

Le non-faire commence peut-être lorsque nous cessons d’exiger que la pratique produise un résultat précis.

Le résultat n’est plus votre responsabilité

Cela ne signifie pas que nous devenons indifférents.

Au contraire.

Nous pouvons être très attentifs à la personne que nous accompagnons.

Nous pouvons respecter son confort.

Nous pouvons écouter ce qu’elle exprime.

Nous pouvons adapter notre posture.

Nous pouvons interrompre une pratique si cela est nécessaire.

Mais nous pouvons également reconnaître une limite fondamentale :

nous ne contrôlons pas l’expérience de l’autre.

Nous ne pouvons pas décider de ce qu’une personne doit ressentir.

Nous ne pouvons pas imposer un résultat.

Nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce qui va se produire.

Et cette reconnaissance peut être libératrice.

Le praticien n’a plus besoin de porter le poids d’une obligation de résultat.

Il peut simplement offrir les conditions d’une pratique.

Le non-faire demande de la confiance

C’est peut-être là que le paradoxe apparaît.

Faire moins peut sembler facile.

En réalité, ce n’est pas toujours le cas.

Parce que faire moins demande souvent davantage de confiance.

Confiance dans la pratique.

Confiance dans ce que l’on a appris.

Confiance dans notre capacité à rester présent.

Et surtout, acceptation de ne pas tout contrôler.

Le débutant veut souvent des certitudes.

Le praticien expérimenté apprend progressivement à vivre avec davantage de questions.

Pas parce qu’il ne sait plus.

Mais parce qu’il comprend que tout n’a pas besoin d’être expliqué pour être pratiqué.

Le non-faire n’est pas une absence de responsabilité

Attention cependant à ne pas transformer le non-faire en excuse.

« Je ne fais rien, donc tout est juste. »

Ce n’est pas cela.

Le praticien a des responsabilités.

Il doit respecter la personne.

Son consentement.

Ses limites.

Son confort.

Le cadre de la pratique.

Il doit connaître ce qu’il fait et surtout connaître les limites de ce qu’il fait.

Le non-faire concerne principalement l’attitude intérieure.

Il ne dispense pas de sérieux.

Il ne dispense pas d’apprentissage.

Il ne dispense pas d’éthique.

Il invite simplement à ne pas ajouter de contrôle inutile à ce qui est déjà là.

Une expérience très simple

La prochaine fois que vous pratiquez, essayez cette expérience.

Commencez comme vous le faites habituellement.

Puis, une fois les mains posées, observez successivement :

La main.

Est-elle tendue ?

Le bras.

Est-il nécessaire de maintenir cette tension ?

L’épaule.

Peut-elle descendre ?

La respiration.

Est-elle libre ?

Le mental.

Est-il en train de chercher quelque chose ?

Puis posez-vous une seule question :

« Que puis-je relâcher sans abandonner ma présence ? »

Ne changez rien brutalement.

Laissez simplement le corps trouver un peu plus de disponibilité.

Puis restez là.

Une pratique sans objectif

Pour cette fois, vous pouvez même aller un peu plus loin.

Prenez dix minutes.

Faites Gassho.

Respirez.

Posez les mains.

Et donnez-vous une consigne inhabituelle :

Vous n’avez rien à obtenir.

Pas de sensation à rechercher.

Pas d’état particulier à atteindre.

Pas de résultat à provoquer.

Pas de performance.

Pendant dix minutes, votre seule pratique consiste à :

être là.

Si vous vous surprenez à vouloir faire quelque chose, observez-le.

Si vous cherchez une sensation, observez-le.

Si vous voulez accélérer, observez-le.

Puis revenez simplement aux mains et à la respiration.

Lorsque le geste devient simple

Avec la pratique, quelque chose peut progressivement changer.

Les gestes deviennent familiers.

La posture devient plus naturelle.

La respiration s’installe.

Les mains se posent sans que vous ayez besoin de réfléchir à chaque mouvement.

Et peut-être qu’à ce moment-là, vous découvrez une forme de simplicité.

Il ne s’agit pas de faire davantage.

Il s’agit peut-être de retirer ce qui était inutile.

Retirer l’attente.

Retirer la tension.

Retirer le besoin de comprendre immédiatement.

Retirer le besoin de réussir.

Retirer le besoin de contrôler.

Et derrière tout cela, il reste quelque chose de très simple :

une personne qui pratique.

Le non-faire comme chemin

Peut-être que le non-faire n’est pas quelque chose que l’on apprend une fois pour toutes.

C’est plutôt une question que l’on peut se poser régulièrement.

Dans ma pratique :

Est-ce que je force ?

Est-ce que je cherche ?

Est-ce que je contrôle ?

Est-ce que je veux obtenir ?

Est-ce que je peux faire un peu moins ?

Cette dernière question est peut-être la plus intéressante.

Puis-je faire un peu moins tout en étant pleinement présent ?

Essayez.

Vous pourriez être surpris de ce que cette simple question change.

La Note du Dojo

Dans la première Note du Dojo, nous nous demandions :

Après l’initiation : que faire maintenant ?

Puis nous avons posé une deuxième question :

Le Reiki commence-t-il vraiment avec les mains ?

Et enfin :

Que se passe-t-il lorsque nous cessons de chercher à ressentir ?

Aujourd’hui, une nouvelle étape apparaît.

Et si nous arrêtions également de vouloir tout faire ?

Peut-être que la pratique du Reiki ne consiste pas à ajouter sans cesse quelque chose.

Une nouvelle technique.

Une nouvelle sensation.

Une nouvelle connaissance.

Une nouvelle façon de faire.

Peut-être consiste-t-elle parfois à retirer.

Retirer ce qui nous éloigne de la simplicité.

Retirer la tension.

Retirer l’attente.

Retirer le besoin de contrôler.

Jusqu’à ce que le geste redevienne simplement un geste.

La respiration, simplement une respiration.

Les mains, simplement les mains.

Et le pratiquant…

simplement présent.

Faire moins.

Être davantage là.

La pratique du jour

Aujourd’hui, prenez 10 minutes.

Faites Gassho.

Respirez.

Posez les mains.

Puis observez votre tendance à vouloir faire.

Chaque fois que vous sentez une tension, demandez-vous :

« Puis-je faire moins ? »

Chaque fois que vous cherchez une sensation :

« Puis-je simplement observer ? »

Chaque fois que vous cherchez un résultat :

« Puis-je laisser l’expérience être ce qu’elle est ? »

Ne cherchez pas à devenir parfaitement détendu.

Ne cherchez pas à réussir l’exercice.

Faites simplement un peu moins.

Et restez présent.

Car peut-être que le non-faire n’est pas l’absence de pratique.

C’est une autre manière de pratiquer.

Aujourd’hui seulement.

Kyo dake wa.

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