Le Hara : retrouver son centre
Il existe un endroit que l’on évoque souvent dans les pratiques japonaises.
Un endroit qui n’est pas exactement un point.
Pas tout à fait un organe.
Pas simplement une zone anatomique.
Et pourtant, lorsque l’on commence à le découvrir, quelque chose change dans notre manière de nous tenir, de respirer et de pratiquer.
Cet endroit, c’est le Hara.
On le situe généralement dans la partie basse de l’abdomen, sous le nombril.
Mais le Hara n’est pas seulement un emplacement sur le corps.
C’est aussi une manière d’habiter son corps.
Une manière de retrouver son centre.
Et peut-être, pour le pratiquant de Reiki, une manière de ne plus pratiquer uniquement « depuis la tête ».
Nous vivons souvent trop haut
Observez votre quotidien.
Lorsque nous réfléchissons beaucoup, nous sommes souvent « dans notre tête ».
Lorsque nous sommes préoccupés, notre attention monte.
Lorsque nous sommes stressés, notre respiration peut devenir plus courte.
Lorsque nous devons prendre une décision, nous analysons.
Lorsque nous voulons contrôler une situation, nous mobilisons encore davantage le mental.
Nous pouvons alors avoir l’impression d’être entièrement présents…
alors que notre attention est essentiellement concentrée dans la partie supérieure du corps.
Le Hara propose une autre direction.
Descendre.
Revenir au corps.
Revenir aux appuis.
Revenir à la respiration.
Revenir au ventre.
Revenir à ce qui est simple.
Où se trouve le Hara ?
Dans la tradition japonaise, le Hara désigne la région abdominale centrale et basse.
Dans la pratique du Reiki, on l’associe notamment à la zone située autour du Seika Tanden, le centre situé dans le bas-ventre.
Il est souvent présenté comme un centre important de la personne.
Mais il serait réducteur de chercher à en faire uniquement un « réservoir d’énergie ».
Le Hara est aussi une expérience corporelle.
Vous pouvez le sentir.
Vous pouvez apprendre à vous y déposer.
Vous pouvez observer ce qui se passe lorsque votre respiration descend naturellement vers cette région.
Il ne s’agit donc pas seulement de connaître le mot.
Il s’agit de découvrir ce que signifie être centré.
Le centre n’est pas une idée
Nous pouvons parler du Hara pendant des heures.
Lire des livres.
Étudier la tradition japonaise.
Comparer les différentes écoles.
Mais aucune explication ne remplacera l’expérience.
Essayez simplement ceci.
Asseyez-vous.
Posez les pieds au sol.
Laissez votre colonne vertébrale se redresser sans rigidité.
Puis portez votre attention vers le bas-ventre.
Pas besoin de visualiser une boule d’énergie.
Pas besoin d’imaginer une lumière.
Pas besoin de fabriquer une sensation.
Sentez simplement cette région.
Puis respirez.
Et observez.
Peut-être que vous percevez quelque chose.
Peut-être pas.
Ce n’est pas important.
Vous commencez simplement à habiter cette partie de votre corps.
Descendre de la tête vers le corps
Le Hara nous propose une expérience très simple :
déplacer le centre de notre attention.
Nous avons souvent l’habitude de penser depuis la tête.
Avec le Hara, nous pouvons apprendre à ressentir depuis le corps.
La différence est subtile.
Lorsque vous êtes uniquement dans le mental, vous analysez.
Lorsque vous revenez dans le corps, vous percevez.
La pensée n’a pas besoin de disparaître.
Il ne s’agit pas de devenir moins intelligent ou moins réfléchi.
Il s’agit simplement de ne pas laisser le mental occuper tout l’espace.
Le Hara nous rappelle :
« Je pense, mais je suis aussi un corps. »
Le Hara et les appuis
Il est difficile de parler de centre sans parler de stabilité.
Observez une personne qui se tient debout en étant très préoccupée.
Le corps peut être légèrement projeté vers l’avant.
Les épaules peuvent monter.
Les genoux peuvent se verrouiller.
La respiration peut se déplacer vers le haut du thorax.
À l’inverse, une personne centrée semble souvent plus simple.
Pas nécessairement immobile.
Pas nécessairement rigide.
Mais disponible.
Ses appuis sont présents.
Son poids est là.
Elle n’a pas besoin de se tenir « en force ».
Elle peut simplement être portée par son propre corps.
C’est une sensation que le pratiquant peut progressivement découvrir.
Le Hara n’est pas une contraction
Une erreur fréquente consiste à vouloir « activer » le Hara en contractant fortement les abdominaux.
Ce n’est pas nécessaire.
Le Hara n’est pas un exercice de gainage.
Il ne s’agit pas de rentrer le ventre.
Ni de pousser volontairement le ventre vers l’avant.
Ni de maintenir une tension permanente dans l’abdomen.
Au contraire, dans une pratique calme, nous cherchons plutôt une zone stable et disponible.
Le ventre peut respirer.
Le corps peut se relâcher.
La respiration peut descendre naturellement.
La stabilité n’est pas forcément une tension.
On peut être stable sans être dur.
Respirer avec le Hara
La respiration abdominale est souvent utilisée pour apprendre à sentir cette région.
Mais là encore, il n’est pas nécessaire de forcer.
Installez-vous confortablement.
Placez éventuellement une main sous le nombril.
Puis observez simplement le mouvement naturel de votre respiration.
À l’inspiration, l’abdomen peut légèrement se déplacer.
À l’expiration, il revient.
Ne cherchez pas à gonfler volontairement le ventre.
Ne cherchez pas à prendre de grandes inspirations.
Laissez simplement la respiration devenir plus basse et plus tranquille.
Puis observez.
Après quelques cycles respiratoires, quelque chose peut apparaître :
un sentiment de descente.
Comme si l’attention quittait progressivement la tête pour revenir vers le centre du corps.
Le Hara comme point de retour
Dans la pratique, nous nous égarons souvent.
Une pensée arrive.
Puis une autre.
Une sensation nous surprend.
Nous commençons à l’analyser.
Nous nous demandons si nous faisons correctement.
Nous pensons à ce que nous devons faire ensuite.
C’est normal.
La pratique ne consiste pas à empêcher le mental de fonctionner.
Elle consiste à savoir où revenir.
Le Hara peut devenir ce point de retour.
Je me suis dispersé.
Je reviens au Hara.
Je suis dans ma tête.
Je reviens au Hara.
Je suis tendu.
Je reviens au Hara.
Je cherche trop.
Je reviens au Hara.
Le centre devient un refuge de simplicité.
Le Hara et le non-faire
Dans l’article précédent, nous parlions du non-faire.
Le Hara permet de donner un ancrage corporel à cette notion.
Lorsque nous sommes très mentaux, nous avons tendance à vouloir faire.
Contrôler.
Diriger.
Comprendre.
Lorsque nous revenons au Hara, nous pouvons ressentir une autre qualité.
Plus lourde.
Plus calme.
Plus stable.
Plus simple.
Nous n’avons pas besoin de fabriquer cette sensation.
Nous pouvons simplement laisser le poids du corps descendre.
Laisser les épaules se relâcher.
Laisser la respiration se poser.
Laisser l’attention revenir vers le bas.
Faire moins peut alors devenir quelque chose que le corps comprend.
Le Hara avant de poser les mains
Essayez maintenant de faire le lien avec votre pratique du Reiki.
Avant de poser les mains, ne vous précipitez pas.
Asseyez-vous.
Sentez vos pieds.
Sentez votre bassin.
Sentez votre ventre.
Respirez.
Puis laissez votre attention descendre progressivement.
Tête.
Gorge.
Poitrine.
Ventre.
Bassin.
Pieds.
Il ne s’agit pas d’une technique compliquée.
C’est simplement une manière de revenir dans l’ensemble du corps.
Puis faites Gassho.
Et observez ce qui change.
Peut-être rien de spectaculaire.
Peut-être simplement une sensation d’être davantage « là ».
C’est suffisant.
Pratiquer depuis le centre
Lorsque nous posons les mains après nous être recentrés, notre expérience peut être différente.
Nous ne sommes plus uniquement dans la tête en train de surveiller.
Nous sommes dans notre corps.
La respiration continue.
Les appuis sont présents.
Le ventre est disponible.
Les mains se posent.
Et le mental peut continuer à fonctionner sans avoir besoin de diriger chaque seconde de la pratique.
C’est une qualité de présence différente.
Le praticien ne disparaît pas.
Il devient simplement moins envahissant.
Le Hara dans la vie quotidienne
Le Hara n’est pas réservé aux séances de Reiki.
C’est justement ce qui le rend intéressant.
Vous pouvez l’expérimenter lorsque vous marchez.
Lorsque vous attendez quelqu’un.
Lorsque vous êtes assis devant votre ordinateur.
Avant un rendez-vous.
Avant de parler en public.
Lorsque vous sentez que vous vous dispersez.
Ou simplement lorsque vous avez besoin de revenir à vous.
Arrêtez-vous quelques secondes.
Sentez vos pieds.
Sentez votre ventre.
Expirez.
Relâchez les épaules.
Et revenez.
Cela peut prendre cinq secondes.
Le centre n’est jamais très loin.
Lorsque nous perdons notre centre
Il peut être intéressant de remarquer les moments où nous quittons notre centre.
Nous sommes emportés par une émotion.
Nous répondons trop vite.
Nous voulons avoir raison.
Nous cherchons à convaincre.
Nous nous inquiétons de ce qui pourrait arriver.
Nous anticipons.
Nous contrôlons.
Nous nous projetons.
Dans ces moments-là, il n’est pas forcément nécessaire de résoudre immédiatement le problème.
Nous pouvons commencer par quelque chose de beaucoup plus simple :
revenir dans le corps.
Les pieds.
Le bassin.
Le ventre.
La respiration.
Puis seulement décider.
Cette petite séquence peut changer notre manière de répondre à ce qui nous arrive.
Le centre et l’immobilité
Le Hara n’est pas nécessairement lié à l’immobilité.
On peut être centré en marchant.
En pratiquant le Do In.
En faisant du Qi Gong.
En pratiquant les arts martiaux.
En travaillant.
En parlant.
En accueillant quelqu’un.
La véritable question n’est donc pas :
« Suis-je immobile ? »
Mais plutôt :
« Où est mon centre pendant que j’agis ? »
C’est une question très japonaise dans son esprit :
agir sans perdre son axe.
Une expérience simple : marcher depuis le Hara
Aujourd’hui, essayez une petite expérience.
Marchez normalement pendant quelques pas.
Puis portez votre attention vers votre tête.
Observez votre façon de marcher.
Ensuite, ramenez doucement votre attention vers le bas-ventre.
Sentez le mouvement du bassin.
Les pieds.
Le poids du corps.
La respiration.
Continuez à marcher.
Ne changez pas volontairement votre démarche.
Observez simplement ce qui se passe lorsque votre attention descend.
Vous découvrirez peut-être une marche légèrement différente.
Plus tranquille.
Plus stable.
Ou simplement plus consciente.
Il n’y a rien à réussir.
Le Hara et l’humilité
Il y a également une dimension plus profonde.
Lorsque nous revenons au Hara, nous revenons au corps.
Et le corps nous rappelle quelque chose que le mental oublie facilement :
nous sommes limités.
Nous avons besoin de respirer.
De manger.
De dormir.
De nous reposer.
Nous ne pouvons pas tout contrôler.
Nous ne pouvons pas tout savoir.
Nous ne pouvons pas tout prévoir.
Le Hara peut alors devenir un lieu d’humilité.
Pas une faiblesse.
Une simplicité.
Nous revenons à ce que nous sommes réellement.
Un être humain, ici, maintenant.
Une pratique de cinq minutes
Vous pouvez maintenant intégrer le Hara à votre pratique quotidienne.
Première minute
Asseyez-vous.
Sentez vos pieds.
Sentez vos appuis.
Deuxième minute
Portez votre attention vers le bas-ventre.
Ne cherchez aucune sensation particulière.
Troisième minute
Observez votre respiration.
Laissez-la descendre naturellement.
Quatrième minute
Faites Gassho.
Restez quelques instants.
Cinquième minute
Posez les mains.
Ne cherchez rien.
Restez simplement présent.
Puis, avant de vous relever, sentez à nouveau vos pieds.
Votre bassin.
Votre ventre.
Votre respiration.
Et revenez à votre journée.
Retrouver son centre n’est pas se couper du monde
C’est peut-être l’un des paradoxes du Hara.
On pourrait croire que revenir à soi signifie se retirer.
Mais ce n’est pas nécessairement le cas.
Au contraire.
Plus nous sommes centrés, plus nous pouvons être disponibles.
Pour écouter.
Pour regarder.
Pour toucher.
Pour accueillir.
Pour répondre.
Le centre n’est pas un lieu où nous nous enfermons.
C’est un point depuis lequel nous pouvons entrer en relation avec le monde sans nous perdre immédiatement dans ce qui vient de l’extérieur.
Le Hara comme expérience, pas comme concept
Il serait facile de transformer le Hara en nouveau concept à apprendre.
De chercher sa définition exacte.
Sa localisation parfaite.
Son fonctionnement.
Ses correspondances.
Mais cela nous ramènerait exactement là où nous étions au début de notre chemin :
dans la tête.
Alors revenons à quelque chose de beaucoup plus simple.
Asseyez-vous.
Respirez.
Sentez votre ventre.
Sentez vos pieds.
Et observez.
Le Hara n’a peut-être pas besoin d’être compris immédiatement.
Il peut être expérimenté.
La Note du Dojo
Dans les premières Notes du Dojo, nous avons parlé de l’après-initiation.
Puis des mains.
Puis du ressenti.
Puis du non-faire.
Aujourd’hui, nous découvrons un autre élément essentiel :
le centre.
Parce qu’il est difficile d’être réellement présent si nous sommes constamment emportés par notre mental.
Le Hara nous invite à descendre.
À revenir dans le corps.
À retrouver nos appuis.
À laisser la respiration s’installer.
À pratiquer depuis un endroit plus stable.
Et peut-être qu’au fond, retrouver son centre ne signifie pas trouver quelque chose que nous aurions perdu.
C’est simplement cesser de nous éloigner de nous-mêmes.
La pratique du jour
Prenez cinq à dix minutes.
Asseyez-vous.
Les pieds bien en contact avec le sol.
Laissez votre colonne se redresser naturellement.
Relâchez les épaules.
Placez une main sous le nombril si cela vous aide à sentir cette région.
Respirez normalement.
Ne cherchez pas à respirer « avec le ventre ».
Observez simplement.
Puis faites Gassho.
Sentez votre centre.
Et enfin, posez les mains.
Pendant votre pratique, revenez régulièrement à cette sensation :
les pieds.
le bassin.
le ventre.
la respiration.
Si le mental s’éloigne, revenez.
Si une sensation apparaît, observez-la.
Si rien ne se passe, restez là.
Il n’y a rien à réussir.
Seulement un centre vers lequel revenir.
Descendre.
S’ancrer.
Respirer.
Être là.
Aujourd’hui seulement.
Kyo dake wa.
