Pratiquer sans chercher à ressentir
Lorsque l’on commence le Reiki, une question revient très souvent :
« Est-ce que je suis censé ressentir quelque chose ? »
Une chaleur dans les mains.
Des picotements.
Une sensation de circulation.
Une pulsation.
Une lourdeur.
Une impression de froid.
Parfois même quelque chose de difficile à décrire.
Et lorsque rien ne se passe, une autre question apparaît rapidement :
« Est-ce que je fais correctement ? »
Cette question est légitime.
Mais elle nous conduit peut-être vers un piège.
Celui de croire que ressentir est la preuve que l’on pratique correctement.
Et si nous essayions, pour une fois, de pratiquer sans chercher à ressentir ?
Le piège de la sensation
Lorsque nous découvrons une nouvelle pratique, nous cherchons naturellement des repères.
Le débutant a besoin de savoir s’il fait correctement.
C’est normal.
Alors les sensations deviennent rapidement des indicateurs.
« J’ai chaud, donc quelque chose se passe. »
« Je ne ressens rien, donc je dois mal pratiquer. »
« Cette zone est différente, cela doit vouloir dire quelque chose. »
Peu à peu, l’attention se déplace.
Au lieu d’être avec ce qui est là, nous commençons à surveiller ce qui pourrait arriver.
Nous attendons.
Nous comparons.
Nous cherchons.
Et parfois, sans nous en rendre compte, nous passons davantage de temps à essayer de ressentir le Reiki qu’à pratiquer le Reiki.
Ressentir n’est pas le but
Une sensation peut accompagner une pratique.
Elle peut être intéressante.
Elle peut nous apprendre quelque chose sur notre propre perception.
Mais elle n’est pas nécessairement un objectif.
Deux personnes peuvent pratiquer exactement de la même manière et vivre des expériences très différentes.
L’une peut ressentir beaucoup de chaleur.
L’autre presque rien.
L’une peut avoir une perception très fine de ses mains.
L’autre peut rester essentiellement attentive à sa respiration.
Cela ne permet pas de conclure que l’une pratique mieux que l’autre.
La perception est personnelle.
Elle dépend de nombreux facteurs : notre état du moment, notre attention, notre fatigue, notre sensibilité, notre environnement.
Il n’existe donc pas de sensation universelle qui viendrait certifier :
« Voilà, maintenant tu fais correctement du Reiki. »
Lorsque l’on cherche, on modifie l’expérience
Essayez quelque chose de très simple.
Fermez les yeux.
Portez votre attention sur votre main droite.
Puis demandez-vous :
« Est-ce que je sens quelque chose ? »
Vous allez probablement commencer à observer votre main beaucoup plus attentivement.
Une chaleur peut apparaître.
Un picotement.
Une tension.
Une pulsation.
Ou simplement la sensation de votre peau.
Maintenant, essayez de ne plus chercher.
Laissez votre attention s’élargir.
Écoutez les sons autour de vous.
Sentez votre respiration.
Percevez vos appuis.
La sensation de la main devient peut-être différente.
Pourquoi ?
Parce que notre attention influence notre perception.
Ce n’est pas nécessairement que quelque chose de nouveau s’est produit.
C’est peut-être simplement que nous avons changé notre manière d’observer.
Cette distinction est importante dans la pratique du Reiki.
Observer n’est pas chercher
Il y a une différence subtile entre observer et chercher.
Chercher implique une attente.
« Est-ce que je vais ressentir de la chaleur ? »
Observer laisse davantage de liberté.
« Voyons ce qui est là. »
Chercher veut obtenir une réponse.
Observer accepte de ne pas en avoir.
Chercher compare.
Observer accueille.
Cette différence peut sembler minuscule.
Pourtant, elle transforme profondément la pratique.
Lorsque vous posez les mains, essayez simplement de vous demander :
« Qu’est-ce qui est là maintenant ? »
Et si la réponse est :
« Rien de particulier. »
Alors laissez cette réponse être suffisante.
Le silence des sensations
Il existe des séances où les sensations sont nombreuses.
Et d’autres où elles sont presque absentes.
Nous pouvons facilement penser que les premières sont « meilleures ».
Mais pourquoi ?
Une pratique silencieuse n’est pas une pratique vide.
Le silence peut simplement être… le silence.
Il n’a pas besoin d’être interprété.
Nous avons parfois tendance à vouloir transformer chaque expérience en information.
Une chaleur doit signifier quelque chose.
Une absence de sensation doit signifier quelque chose.
Une émotion doit signifier quelque chose.
Une image doit signifier quelque chose.
Et très vite, nous construisons une histoire autour de ce qui vient simplement d’être vécu.
Le praticien peut apprendre une autre attitude :
ressentir sans conclure.
Le danger de vouloir tout interpréter
Cette question devient particulièrement importante lorsque nous pratiquons avec une autre personne.
Imaginons que vous posez les mains sur une zone et que vous ressentez une forte chaleur.
Que pouvez-vous réellement dire ?
Vous pouvez dire :
« J’ai ressenti de la chaleur dans ma main. »
C’est une observation.
Mais si vous dites :
« Cela signifie que vous avez un problème à cet endroit. »
Vous avez franchi une étape supplémentaire.
Vous êtes passé de la perception à l’interprétation.
Puis de l’interprétation à une affirmation.
Et cette affirmation peut être infondée.
Une sensation n’est pas un diagnostic.
Cette distinction est essentielle pour garder une pratique humble, éthique et respectueuse.
Le Reiki n’a pas besoin que le praticien transforme chaque sensation en explication.
Apprendre à ne pas savoir
Il y a quelque chose de très précieux dans le fait de pouvoir dire :
« Je ne sais pas. »
Je ressens quelque chose.
Je l’observe.
Mais je ne sais pas nécessairement ce que cela signifie.
Cette position peut sembler inconfortable.
Nous aimons comprendre.
Nous aimons mettre des mots.
Nous aimons relier les choses.
Mais dans une pratique corporelle et énergétique, accepter de ne pas savoir peut devenir une véritable compétence.
Le praticien n’est pas obligé d’avoir une explication pour chaque sensation.
Il peut simplement rester présent.
C’est peut-être même une forme d’écoute plus profonde.
Et si je ne ressens vraiment rien ?
Alors pratiquez quand même.
C’est probablement le conseil le plus simple.
Si vos mains ne chauffent pas, pratiquez.
Si vous ne ressentez pas de picotements, pratiquez.
Si vous n’avez aucune impression particulière, pratiquez.
Ne transformez pas l’absence de sensation en problème.
Vous pouvez simplement revenir aux fondamentaux :
posture.
respiration.
présence.
mains.
temps.
Et surtout :
régularité.
La pratique n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être réelle.
Avec le temps, la perception peut évoluer
Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais prêter attention aux sensations.
Au contraire.
La perception fait partie de l’apprentissage.
Mais elle peut se développer naturellement.
Au début, vous pouvez ne rien remarquer.
Puis une différence de température.
Puis une sensation plus subtile.
Puis peut-être une capacité à percevoir les variations de votre propre état.
Mais cette évolution ne doit pas devenir une nouvelle course.
Il ne faudrait pas remplacer :
« Je dois ressentir quelque chose »
par :
« Je dois maintenant ressentir quelque chose de plus subtil. »
Ce serait exactement le même piège.
La subtilité n’est pas une performance.
Une pratique pour aujourd’hui
La prochaine fois que vous vous installez pour pratiquer, essayez cette expérience.
Pendant les premières minutes, faites volontairement abstraction de la question :
« Est-ce que je ressens quelque chose ? »
Ne cherchez aucune sensation.
Posez simplement les mains.
Respirez.
Restez là.
Si une sensation apparaît, laissez-la être là.
Si elle disparaît, laissez-la partir.
Si une autre apparaît, observez-la.
Si rien ne se passe, continuez.
Vous pouvez même vous répéter intérieurement :
« Je n’ai rien à trouver. »
Puis :
« Je peux simplement être présent. »
Une autre manière de pratiquer
Peut-être que la pratique du Reiki devient plus simple lorsque nous cessons de chercher constamment à savoir si elle fonctionne.
Nous posons les mains.
Nous restons présents.
Nous observons.
Nous laissons l’expérience être ce qu’elle est.
Sans fabriquer.
Sans forcer.
Sans interpréter trop rapidement.
Cela demande paradoxalement une certaine confiance.
La confiance de ne pas avoir besoin d’une preuve immédiate.
Du ressenti à la présence
Au début, nous cherchons souvent à sentir le Reiki.
Puis nous pouvons apprendre à observer notre expérience.
Et peut-être qu’avec le temps, une autre question apparaît :
« Suis-je réellement présent ? »
Cette question est différente.
Elle ne demande pas de sensation particulière.
Elle nous ramène simplement à ce qui se passe ici et maintenant.
La chaleur peut être là.
Ou non.
Les picotements peuvent être là.
Ou non.
Les émotions peuvent apparaître.
Ou non.
Mais la présence reste possible.
Et c’est peut-être cela que nous sommes réellement en train d’entraîner.
La Note du Dojo
Dans les deux premières Notes du Dojo, nous avons commencé par deux questions.
Après l’initiation : que faire maintenant ?
Puis :
Le Reiki commence-t-il vraiment avec les mains ?
Aujourd’hui, nous pouvons ajouter une troisième question :
Et si nous n’avions rien à ressentir ?
Peut-être que cela change tout.
Parce que nous cessons alors de pratiquer pour obtenir une sensation.
Nous cessons de comparer nos expériences.
Nous cessons de chercher une validation.
Et nous pouvons simplement revenir à la pratique.
Respirer.
Faire Gassho.
Poser les mains.
Observer.
Rester là.
Ne cherchez pas à ressentir.
Cherchez simplement à être présent.
La pratique du jour
Prenez 10 minutes.
Installez-vous confortablement.
Faites Gassho.
Respirez tranquillement.
Puis posez les mains.
Pendant toute la pratique, interdisez-vous simplement une question :
« Qu’est-ce que je devrais ressentir ? »
Et remplacez-la par une seule attention :
« Qu’est-ce qui est là maintenant ? »
Il n’y a pas de bonne réponse.
Il n’y a rien à réussir.
Il n’y a rien à obtenir.
Seulement une expérience à vivre.
Et peut-être découvrirez-vous quelque chose d’important :
lorsque nous cessons de chercher une sensation, nous devenons parfois beaucoup plus disponibles à ce qui est réellement présent.
Aujourd’hui seulement.
Kyo dake wa.
